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Enseignement - Enseignements généraux, Mongolie par Nadia Studer

Temple bouddhiste en Mongolie Rue d'Oulan Baator Quartier de Yourtes Paysages de Mongolie Nadia en mission en Mongolie Enfant Mongol Avec les locaux et d'autres volontaires

Lorsque je suis partie un mois en Mongolie au cours de l’été 2011, il s’agissait de ma seconde expérience avec Projects Abroad. J’avais en effet déjà eu l’occasion de me rendre au Costa Rica en 2009 pour un double projet d’écovolontariat dans une réserve naturelle et d’éducation dans un centre d’accueil de jour pour des enfants défavorisés. Bien qu’ayant donc déjà voyagé dans différents pays, y compris en-dehors du cadre de Projects Abroad, la Mongolie a cependant été le plus dépaysant.

D’une manière générale, ce sont les contrastes qui m’ont le plus marquée. D’un côté, des plaines immenses, vierges, sauvages, à couper le souffle que j’ai pu découvrir pendant les excursions du week-end et traverser lors de mon trajet de retour par le Transsibérien ; une campagne où vit une poignée de gens qui mènent encore une existence nomade et habitent dans des yourtes. D’un autre côté, Oulan-Bator, une ville poussiéreuse, sale, polluée et embouteillée s’il en est, où il ne s’écoule pas un jour sans que vous ne preniez de gros risques en traversant la route ; une ville à la périphérie de laquelle les nomades affluent pour se sédentariser et trouver du travail (souvent sans y parvenir malgré le développement incroyablement rapide de la ville), fait qui provoque inoccupation, alcoolisme et obésité.

Contraste donc aussi entre des quartiers d’une extrême pauvreté et des constructions indécemment luxueuses (des hôtels et des magasins de marques notamment) bâties par des investisseurs étrangers. Contraste terrible dans la rue entre des hommes d’affaires en costards et des enfants qui mendient, témoignage notamment d’une arrivée relativement récente et très mal gérée d’un capitalisme pourtant généralement bien accueilli par des gens qui ont longtemps vécu sous une économie communiste. Contraste architectural, enfin, entre ces nouvelles constructions, les blocs communistes (j’étais hébergée dans l’un d’eux) et, égarés au détour d’une rue ou cachés derrière un building, de magnifiques temples bouddhistes qui ont conservé leur profond mystère.

Si la Mongolie était très différente de la manière dont je me l’étais imaginée, j’étais moi-même très différente de ce à quoi la femme qui m’hébergeait s’attendait d’une Européenne, ce qui a provoqué beaucoup de situations cocasses. Les Mongols sont pour la plupart des gens au tempérament équanime, qui montrent très peu leurs émotions, mais ils n’en sont pas moins accueillants et j’ai connu d’excellents moments d’échange en dépit de l’obstacle non négligeable de la langue.

La meilleure partie de mon séjour a sans doute été mon projet d’enseignement. J’ai été placée à l’université des lettres pour enseigner le français langue étrangère durant les cours d’été. L’organisation du projet a été un vrai défi puisque comme l’université ne disposait pas d’ordinateur ni d’imprimante fonctionnelle, j’ai dû préparer mes cours pendant trois semaines avant de partir et emporter avec moi environ quatre kilos de photocopies. Une fois sur place, il a également fallu s’adapter à un mode d’enseignement très différent du nôtre.

D’une part, les niveaux et les âges (entre 17 et 45 ans) étaient mélangés, j’enseignais donc en même temps à des gens très avancés et à des débutants. D’autre part, les horaires étaient assez pénibles car je travaillais le plus souvent de 10h à 13h non-stop, puis de 16h à 20h non-stop, les élèves venant au cours et en repartant lorsqu’ils le souhaitaient. Par ailleurs, les étudiants avaient également, selon le règlement de l’université, le droit de téléphoner pendant les cours. Ma première mesure a donc été de me mettre d’accord avec eux pour qu’ils sortent de la salle de classe lorsqu’ils voulaient passer leurs coups de fil…

En contrepartie de ces quelques inconvénients, j’ai eu la chance d’enseigner à des gens extrêmement motivés. Très rares ont été les fois où il a fallu faire de la discipline, et j’ai senti chez eux un enthousiasme et une envie d’apprendre que je n’avais encore jamais pu observer en donnant des cours en Suisse. Ayant complètement conscience de l’importance de connaître les langues dans un pays où le tourisme est l’un des principaux débouchés, souhaitant tous partir à l’étranger pour perfectionner leurs connaissances, ils travaillaient d’autant plus et répétaient tout le vocabulaire et les exercices que nous avions vus lors des leçons précédentes sans même que je n’aie besoin de donner des devoirs.

Tous apprenaient également d’autres langues, il a donc parfois été possible de passer par l’intermédiaire de ces dernières pour expliquer des expressions compliquées en français. De la part de Projects Abroad, j’ai beaucoup apprécié la grande liberté qui m’a été laissée et la confiance qu’on m’a accordée ; dès la première leçon j’ai pu enseigner seule et cette indépendance m’a beaucoup apporté au niveau de l’amélioration de mes capacités professionnelles.

Même si les élèves étaient assez timides au début, l’ambiance est rapidement devenue sympathique. J’ai pris beaucoup de plaisir à aller visiter avec eux différents temples et musées, de sorte à ce qu’ils puissent me faire partager leur culture et leurs religions (ils étaient presque tous bouddhistes, mais m’ont aussi beaucoup parlé du chamanisme) tout en apprenant le français. Ces visites étaient également l’occasion de reconstituer des situations où ils jouaient des rôles de guides touristiques qui devaient donner des informations sur leur pays à une personne francophone. Parfois, ces sorties leur ont même permis de découvrir leur propre culture puisque beaucoup d’entre eux n’avaient jamais eu la possibilité d’aller voir les musées où nous sommes allés, peut-être pour des raisons financières.

Durant mon séjour, j’ai été très impressionnée par l’aptitude des Mongols à continuer à vivre d’après leurs traditions ethniques, même en ville, tout en s’adaptant facilement aux évolutions de toutes sortes. On a souvent tendance, dans les pays occidentaux, à opposer la tradition au progrès et à les percevoir comme irréconciliables. Là-bas, il m’a semblé qu’il n’existe pas un tel déchirement et que les gens ne vont pas se poser la question de choisir l’un ou l’autre parce qu’ils désirent les deux.

Même si je ne suis restée qu’un mois, les adieux ont été émouvants et j’ai eu beaucoup de peine à quitter des gens si ouverts et si généreux. Malgré le fait que je sois rentrée en train depuis Oulan-Bator jusqu’à Bâle, ce qui était une incroyable aventure de sept jours, j’ai subi à mon arrivée en Suisse un choc culturel relativement violent que j’ai mis plusieurs semaines à surmonter. Aujourd’hui, je garde contact avec plusieurs de mes étudiants et nous nous écrivons régulièrement. Lorsqu’avant de quitter la Mongolie ils m’ont demandé si je reviendrais, je n’ai rien promis, mais j’espère vraiment que j’aurai un jour l’occasion d’y retourner et de les rencontrer à nouveau.

En attendant, j’encourage vivement toute personne qui désire avoir une expérience enrichissante à faire un tel projet, surtout dans l’enseignement, parce que cela vous permet de rencontrer la population locale et de découvrir la culture sans intermédiaires qui risquent de mal vous la présenter. L’expérience que j’ai vécue m’a beaucoup faite évoluer personnellement, et le sourire serein des Mongols que j’ai eu la chance de côtoyer restera toujours en moi. D’un point de vue des connaissances comme de l’échange humain, j’en suis revenue avec le sentiment d’avoir reçu autant que j’ai donné, et les mots me manquent pour exprimer toute ma gratitude.

Nadia Studer

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